01 septembre 2015 ~ 0 Commentaire

le système craque de partout, il faut refonder l’Ecole de la République

Entre aujourd’hui et demain douze millions d’élèves, pardon, « d’apprenants », de la maternelle à la Terminale, vont reprendre le chemin de l’école, du collège, du lycée, les uns pour apprendre à lire, à écrire et à compter, pardon pour faire l’apprentissage de ces enseignements, les autres pour obtenir ce précieux baccalauréat qui, pensent-ils et leurs parents avec eux, leur ouvrira toutes grandes les portes de l’université et d’un avenir radieux.

Le problème c’est qu’en dépit du nombre exponentiel de milliards engloutis chaque année depuis 40 ans dans ce tonneau des danaïdes, 30% des chères têtes blondes qui entreront demain à l’école primaire la quitteront dans quelques années sans savoir convenablement ni lire, ni écrire, ni compter. Ils traineront dans les années suivantes de fond de classe en fond de classe, incapables d’assimiler ce que leurs professeurs tenteront – avant de se décourager – de leur faire apprendre, et quitteront finalement le système scolaire sans aucune formation pour aller grossir les statistiques du  chômage.

Face à ce véritable drame national – hérité entre autre de la réforme Haby de 1976 et de la création du collège unique – que tout gouvernement s’efforce de glisser sous le tapis dans l’attente de le repasser à la majorité suivante, les pédagogistes ont pris le pouvoir avec une idée simple : Tous les élèves doivent non seulement entrer à l’école sur un pied d’égalité – ce qui est bien légitime – mais surtout le rester tout au long de leur scolarité. Pour cela, ont-ils décidé, il suffit de procéder comme dans les convois maritimes où l’on aligne la vitesse de tous les bateaux sur le plus lent d’entre eux.

De ce sophisme découlent toutes les réformes abracadabrantesques que subissent nos enfants depuis quarante ans : mépris pour les leçons à apprendre, abandon de la grammaire, indifférence vis-à-vis de l’orthographe, disparition du calcul mental, mise en œuvre d’un vocabulaire aussi abscons que grotesque qui ne sert qu’à isoler les enfants de leurs familles, attaques rémanentes contre la notation et les redoublements, offensives contre les enseignements classiques (latin-grec), les classes d’excellence et les grandes écoles, dévaluation programmée des examens dans l’idée d’amener chaque année 80% d’une classe d’âge au bac. On ne citera que pour mémoire la façon exotique dont sont « enseignées » aujourd’hui l’histoire et la géographie et, par antiphrase, le respect de la moindre discipline.

Le résultat de tout ceci est que la grande majorité de nos brillants bacheliers de 2015 seraient incapables d’obtenir des notes acceptables aux épreuves fondamentales du certificat d’étude de 1954, que nous sommes à la veille de devoir installer des portiques de détection de métaux à l’entrée de certains établissements et que le pourcentage de dépressions nerveuses croît à une vitesse vertigineuse chez des enseignants découragés et sous-payés. Ainsi est-on en train de sacrifier des générations entières en les acculturant au nom de l’égalité et paradoxalement de pérenniser la plus injuste des inégalités.

Parce que pendant que le système éducatif public, orgueil de la République dont il a été pendant des décennies la mère nourricière, sombre en entrainant avec lui notre jeunesse, donc l’avenir de la Nation, (à l’exception bien sûr de quelque établissement d’élite dont l’analyse de la fréquentation serait bien intéressante), ceux qui détiennent l’argent ou le savoir (les deux n’allant pas forcément de pair) transmettent, et on ne peut le leur reprocher, l’un et l’autre à leurs enfants au sein d’établissements privés où l’on a que faire des délires des laboratoires d’expérimentation de la rue de Grenelle, où l’on parle de discipline et pas de « vivre ensemble » où le respect dû aux maitres est une valeur de base et dans lesquels l’objectif n’est pas d’amener les élèves au bac mais aux meilleurs prépa et aux grandes écoles.

Alors que faire ?

 Dans le détail je n’en sais rien, et je doute en vérité que qui que ce soit le sache, mais peut-être quelques idées simples pourraient-elles apporter un début de solution.

Tout d’abord, il faut, là comme ailleurs, que les politiques reprennent le pouvoir. Le ministre de l’Education nationale n’est pas le porte-parole de ses services auprès du gouvernement et du parlement. Il est un responsable politique, représentant un pouvoir démocratiquement élu. Il n’a pas à « cogérer » avec qui que ce soit son ministère, mais à le diriger, à imposer ses idées et à faire en sorte que ses décisions soient mises en œuvre. Cela n’empêche ni la concertation ni les consultations, mais une fois celles-ci achevées, la décision doit être politique car ce sont les dirigeants politiques qui son comptables de l’intérêt général et ce sont eux, et eux seuls, qui au bout du compte, seront jugés par les Français. Bien sûr cela froissera des susceptibilités, bousculera des habitudes et des situations acquises, provoquera très certainement des grèves, mais la reprise du pouvoir par les dirigeants de ce pays est à ce prix Elle est la condition pour que nous cessions de voir à la télévision se succéder des ministres de l’Education nationale venant nous expliquer, avec plus ou moins de talent, des réformes dont il crève les yeux et les oreilles, qu’ils n’en sont pas les auteurs.

Dans cette tâche de reconquête du pouvoir par le Ministre de l’Education nationale, mais aussi, ne soyons pas naïfs, par le Chef de l’Etat et par le Premier ministre,  le Parlement peut et doit jouer un rôle éminent.

L’école (primaire et secondaire) a besoin d’une grande loi refondatrice à l’image de celle imposée par Jules Ferry à l’aube de la 3ème République et qui, contre vents et marées, même contre Vichy, a tenu bon jusqu’à la fin des années 60. Elle a tenu bon parce que, mise à part ce que l’on a appelé la guerre scolaire et qui n’était en réalité que le combat des républicains pour affaiblir la puissance politique de l’Eglise, elle faisait dans le pays une sorte d’unanimité.

Il doit en aller de même cette fois-ci.

Si la refonte du système éducatif français devait être l’œuvre de la droite contre la gauche ou l’inverse, elle serait inéluctablement vouée à l’échec et la majorité suivante déferait ce qui aurait été fait et ainsi de suite jusqu’à ce que le système s’écroule définitivement.

La mission du Parlement est de faire la loi, pas seulement de la voter. C’est à lui d’écrire cette loi fondatrice, de trouver en son sein les compromis débarrassés de toute idéologie d’où qu’elle vienne pour la faire accepter par la quasi-totalité des parlementaires, avec pour seul souci l’intérêt de ce que nous avons de plus précieux : l’avenir de nos enfants et celui de la Nation. Ce ne sera pas facile. Ce sera long. Les échanges et les débats seront vifs, parfois même brutaux. On passera plusieurs fois au bord de la rupture. Mais les parlementaires, qui ont en partage, à quelque camp qu’ils appartiennent, le sens de l’intérêt national et qui en plus travailleront sous les regards de leurs électeurs, y parviendront. Ainsi, en même temps qu’ils donneront à la France la grande loi sur l’éducation dont elle a besoin, restaureront-ils de façon éclatante le rôle du Parlement.

Une telle loi, écrite, discutée et votée de cette façon s’imposera à tous. Aucun intérêt particulier, aucun clan, aucune chapelle, aucun « spécialiste » n’osera s’opposer à elle et quand l’alternance politique viendra, nul n’y touchera car elle sera une œuvre commune.

En 1789, dans la salle du jeu de paume, les députés du Tiers Etat ont fait le serment de ne pas séparer tant qu’ils n’auraient pas donné une constitution à la France. La République a aujourd’hui autant besoin d’une loi fondatrice d’un nouveau système d’instruction publique que jadis le royaume d’une constitution. Celle-ci, les députés de l’époque l’ont écrite eux-mêmes. Ils n’ont laissé ce soin à personne d’autre. Et quand le travail a été achevé, ils l’ont votée tous ensemble et avec eux la plupart des députés de la noblesse et du clergé.

Il serait singulier que plus de deux cents ans après leurs lointains successeurs n’en soient pas capable.

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