28 septembre 2015 ~ 0 Commentaire

Faut pas dire !

 

Au cours de la semaine passée, deux déclarations, très différentes l’une de l’autre, ont déclenché polémique et vague de protestation. Il s’agit, d’une part, de la phrase d’une présentatrice de Canal + selon laquelle « les Français se reconnaissent dans le langage de vérité du FN », d’autre part, de celle d’Emmanuel MACRON pour qui « le statut des fonctionnaires n’est plus adapté pour certaines missions ».

Les media, la très large majorité de la classe politique et la quasi-unanimité des réseaux sociaux se sont déchaînés contre Maïtena Biraben, tandis que les syndicats, les élus de gauche et de droite et jusqu’au Président de la République, se sont crus obligés de prendre publiquement la défense des fonctionnaires contre ce qu’ils ont qualifié au minimum d’agression, au pire de stigmatisation.

Pourtant qu’ont-ils dit ?

La journaliste, mettant ses pas dans ceux de Laurent Fabius qui, il y a plusieurs années, avait dit « le Front National apporte de mauvaises réponses à de bonnes questions », a simplement souligné que de plus en plus de Français prêtent une attention grandissante aux discours de Marine Le Pen et de ses affidés parce qu’ils y trouvent un langage de vérité, qu’à tort ou à raison, ils pensent ne plus entendre dans les partis traditionnels et qui correspond à leur vécu quotidien. Elle n’a dit, ni que les déclarations des cadre du FN reflétaient la vérité ni que leurs solutions étaient les bonnes. Elle a juste fait une constatation.

Le Ministre, sans même aller au fond de la question, a simplement relevé qu’un statut élaboré au lendemain de la guerre, à une époque où la majorité des Français actuels n’était pas née, pour administrer un pays en ruine où tout était à reconstruire, n’était peut-être plus ce qu’il fallait, 70 ans plus tard, à la cinquième puissance économique de la planète à l’heure de l’Internet. Il n’a pas « stigmatisé » les fonctionnaires, il n’a pas proposé de les priver de statut. Il a juste posé une question.

Ce déchaînement et cette polémique, frisant assez souvent l’excommunication et s’apparentant davantage à l’époque des guerres de religion qu’à une saine réflexion dans une démocratie qui se veut apaisée, mettent une fois encore à jour de façon crue l’impossibilité, voire l’interdiction, par une certaine police de la pensée, non seulement de traiter de certains sujets, mais même de poser certaines questions. L’apparition dans le vocabulaire des media et des responsables politiques de certains mots qui se veulent forts et définitifs pour déconsidérer l’auteur d’une déclaration  dérangeante est à cet égard symptomatique. S’il n’est pas dans la ligne, il a « dérapé ». S’il a transgressé un tabou, il veut « stigmatiser » une catégorie (au choix, les fonctionnaires, les immigrés, les femmes, les homosexuels,…), et il n’est pas « républicain », comme l’a dit il y a quelques semaines un commentateur de la vie politique dans une émission de radio quotidienne, s’il ne se pâme pas devant les éblouissants succès de l’Union Européenne.

On ne cherche plus à comprendre, on n’essaie pas de faire vivre les débats, on ne tente pas d’opposer des arguments ou de convaincre. On condamne… et silence dans les rangs.

Le résultat de cette véritable dictature de la pensée, d’autant plus pernicieuse qu’elle se pare des atours de la morale, de la bonté et du cœur dont elle prétend avoir le monopole, pour reprendre une formule restée dans les mémoires, est double. D’une part, elle paralyse toujours un peu plus les chances de ce pays de se réformer et de reprendre son élan. D’autre part, elle parvient au résultat exactement inverse à celui qu’elle prétend rechercher en mettant en valeur tous ceux qui osent transgresser ses interdits et donnent ainsi au Français le sentiment qu’ils sont les seuls « à tenir un langage de vérité », tandis que la classe politique traditionnelle, quoiqu’elle en ait, terrorisée à l’idée d’être montrée du doigt, ou pire, de se voir accusée de « faire le jeu du Front National » quand elle aborde certains sujets, s’en tient le plus souvent aux idées convenues et aux généralités labellisées « républicaines ».

Il est certes plus confortable d’interdire le débat que de l’aborder et de risquer de laisser apparaître que ceux qui veillent jalousement au respect du politiquement correct, se trompent régulièrement par cécité et surdité depuis des dizaines d’années.

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De Bernard Tapie traitant de « salauds » les électeurs de Le Pen « puisque celui-ci est un salaud », aux tombereaux d’injures déversés sur ce parti et ses électeurs depuis trente ans, on a tout entendu. Le résultat est sans aucun doute à la hauteur des attentes : depuis 1974, le FN, dont la philosophie est indéniablement inspirée par les régimes totalitaires des années 30, est passé de 0,75% à plus de 32% des suffrages.

Mais qui a jamais osé lancer un vrai débat sur les causes réelles de cette irrésistible progression ? Qui a cherché à comprendre pourquoi, par divisions entières, des électeurs de tous bords sont passés à ce que l’on appelle, par commodité de langage, l’extrême droite et pourquoi les partis traditionnels se sont montrés incapables de les retenir ? Qui, dans la classe politique traditionnelle, sauf quelques exceptions, de gauche comme de droite, aussitôt accusées de faire le lit du FN, s’est aventuré à oser dire que les peurs et les angoisses des Français face à la mondialisation, au chômage de masse, à l’immigration, à une Europe exclusivement bâtie à l’avantage des puissances d’argent, à l’insécurité, à l’abaissement de l’idée de Nation, étaient des réalités qu’il fallait prendre en compte et que les nier avec dédain ou commisération au nom d’une prétendue modernité n’avait d’autre effet que de radicaliser encore davantage ces électeurs déjà convaincus par l’argument majeur de Marine Le Pen : « Ils vous ont tous abandonnés ».

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Loin des micros et des caméras, les responsables politiques de tout bord sont conscients de ce que la division des Français entre ceux qui sont protégés et ceux qui sont exposés, entre ceux qui ont un emploi garanti à vie et une retraite assurée par l’Etat et ceux qui craignent à tout moment le chômage et voient leurs régimes de retraite au bord de la faillite, entre ceux qui produisent les richesses et ceux qui les dépensent, entre ceux qui multiplient les réglementations et ceux qui y sont assujettis, est potentiellement mortelle pour la société française, ne serait-ce que par les frustrations qu’elle engendre. Mais sur les écrans et sur les ondes, tous ne sont que louange pour cette admirable administration que le monde entier nous envie, de peur d’être accusés de stigmatiser les fonctionnaires. Il y a en France 90 agents publics pour 1.000 habitants contre 50 pour 1.000 en Allemagne. Mais énoncer ces simples chiffres c’est tomber sous l’accusation de vouloir privatiser la fonction publique, laquelle, nous assène-t-on doctement, est une des valeurs fondamentale de la République !

Là encore, fermez le ban.

Pas question d’aborder ce sujet parce qu’il faudrait admettre que peut-être le traitement social du chômage par l’inflation des agents publics n’est pas la meilleure réponse possible, que tous les salariés de ce pays ne sont pas égaux, que la France n’a plus les moyens de payer des effectifs publics aussi pléthoriques et que cette charge compromet lourdement sa compétitivité.

Quand il était petit et que l’on prononçait devant lui un « gros mot », un de mes enfants prenait un air outré et disait d’un air sévère « Faut pas dire ». Mais lui, c’était un enfant !

 

                                                                                                                    Nicolas PILLIET

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