04 octobre 2015 ~ 0 Commentaire

Europe, le rêve brisé

Du projet …….

Au départ c’était une belle idée : ne plus jamais connaître la guerre en Europe occidentale et en particulier ne plus jamais la voir ressurgir entre la France et l’Allemagne (ou la Prusse) qui s’étaient affrontées pas moins de six fois en cent-cinquante ans.

Cette Europe, constituée de six nations et à laquelle la Grande-Bretagne avait dédaigneusement refusé de s’associer, était territorialement, économiquement, culturellement, historiquement homogène. Elle s’inscrivait dans les pas de l’empire romain d’occident, dans ceux de l’empire de Charlemagne, dans ceux de la tentative napoléonienne. Elle avait pour ambition d’être, au tournant du 21ème siècle, sinon une véritable nation, au moins un ensemble dans lequel se reconnaitraient ses peuples et qui constituerait, entre les Etats-Unis et l’URSS, une puissance avec laquelle il faudrait compter. Elle était dirigée par les chefs d’Etat et de gouvernement des nations qui la composaient et dotée d’une commission chargée de mettre en œuvre les décisions de ceux-ci.

 ……. A sa réalité

 A l’arrivée, nous avons un ensemble hétéroclite de trente et un états, s’étendant de Gibraltar aux frontières de la Russie, de la Sicile aux confins du cercle polaire, des côtes de Bretagne aux bordures de la Turquie. Entre les peuples qui le composent, nulle homogénéité, certains même ignoraient jusque-là leur existence réciproque et n’avaient jamais eu aucune relation. Les disparités de revenus y sont gigantesques, les différences de puissance économique abyssales, les écarts de conditions et de garanties sociales démesurés, les traditions culturelles et religieuses sans rapport les unes avec les autres, l’héritage historique commun inexistant.

De cette hétérogénéité découlent, entre autres, une absence de vision commune du rôle et de la place de l’Europe dans le monde qui explique son inexistence internationale, des crises économiques et financières à répétition où les plus riches imposent aux plus pauvres une orthodoxie qu’ils ont bien du mal à s’imposer à eux-mêmes, créant ainsi des ressentiments, voire des haines, durables, et le sentiment de plus en plus répandu chez nos concitoyens, en dépit des tombereaux de propagande déversés en permanence sur eux, que si c’était à refaire, ils ne le referaient pas.

Pour que, cahin caha, tout cela fonctionne un tant soit peu, 13.000 technocrates, totalement déconnectés de la vie de ceux qu’ils prétendent régir, imposent des règlements sur tout et n’importe quoi et profèrent des admonestations vis-à-vis des états, voire des condamnations. Convaincus de détenir la vérité et que les peuples tout comme leurs représentants élus sont incapables de comprendre ce qui est bon pour eux, ils tournent en circuit fermé, sensibles uniquement aux lobbys les plus puissants.  Surpayés, ils ne sont responsables devant personne. Les seuls moments où ils disparaissent sont ceux des vraies crises contres lesquelles ils ne savent pas quoi faire comme on l’a vu en 2008 quand ils ont été totalement absents de la scène au moment où le monde affrontait le plus grave séisme financier de son histoire.  

A leur côté, et pour faire démocratique, une assemblée parlementaire pléthorique, constituée de députés – eux aussi irresponsables puisque leur réélection ne tient qu’à la place qu’ils auront sur les listes formées par les différents partis – dont un nombre infinitésimale de Français serait capable de citer le nom de trois d’entre eux (ce qui au passage est une condamnation sans appel du scrutin proportionnel).

Et quand les peuples finissent par se rebiffer et disent non, soit on les fait voter et revoter jusqu’à ce qu’ils cèdent, soit, comme en France, on fait appel de la souveraineté populaire devant un Parlement aux ordres tel en 2008 pour la ratification du Traité de Lisbonne.

 Résultat : l’idée européenne, qui est sûrement le plus beau et le plus intelligent projet qui soit né sur notre continent depuis quinze siècles, a été brisée par dogmatisme, par entêtement, par arrogance, par révérence pour les puissances d’argent, par effacement de la volonté politique.

 La belle jeune fille est devenue boulimique

 Les vrais pères de l’Europe – c’est-à-dire ceux qui l’ont faite,  pas ceux qui l’ont rêvée et auxquels il est tellement plus facile de se référer – que sont le Général de Gaulle et le Chancelier Konrad Adenauer avaient perçu ces dangers. Ils voulaient bâtir et parachever un projet politique avant de l’ouvrir à d’autres qui pourraient éventuellement y adhérer mais non l’amender à leur convenance. Cela s’appelait l’Europe des Nations et avait été conceptualisé en 1963 dans le plan Fouchet.

Certes, tout n’allait pas sans crises car il était malaisé de revenir sur dix siècles de conflits et de méfiance. Les plus anciens se souviennent des marathons bruxellois de la dernière chance, de la politique de la chaise vide, des tempêtes déchainées dans les milieux démocrate-chrétiens, farouchement pro américains, par les refus répétés de Charles de Gaulle de laisser entrer la Grande-Bretagne dans le Marché Commun.

Car la Grande-Bretagne, qui en 1957 avait rejeté le projet le pensant voué à l’échec, avait fini par comprendre. Ce n’était que de l’intérieur qu’elle pourrait le dynamiter et voulait à présent à toute force rejoindre les « six ».

Il lui faudra, pour y parvenir, attendre le départ du Général et que son successeur – ce fut une de ses rares faiblesses – lui en ouvre la porte.

Il n’y a, dit-on, que le premier pas qui coûte. Après le Royaume-Uni, l’Union, comme prise de boulimie, ne cessera de grossir jusqu’à devenir obèse. Elle absorbera d’abord son flanc sud, Espagne, Portugal et Grèce, puis son septentrion, enfin, sur l’insistance de l’Allemagne, ses marches de l’est, s’ouvrant d’un coup à neuf nouveaux états qui n’avaient comme seul point commun avec elle qu’une certaine proximité géographique.

 Des additions d’impuissances n’ont jamais constitué une puissance

 En 2004, pour faire avaler cette pilule aux peuples à qui on avait prudemment oublié de demander leur avis, les thuriféraires de la « grande Europe », oubliant que dans l’histoire des additions d’impuissances n’ont jamais constitué une puissance, jouèrent sur trois registres : le lyrisme, la bonne conscience, la promesse de lendemains qui allaient chanter à tue-tête.

Pour le lyrisme, nous eûmes droit aux tirades sur ce jour merveilleux qui voyait enfin « l’Europe réunifiée » comme si notre continent avait jamais été uni dans son histoire – sauf sous la botte hitlérienne, mais ce n’était sûrement pas la référence recherchée.

Puis vinrent les paroles de la bonne conscience. Pouvait-on laisser à la porte de ce paradis de prospérité et de liberté qu’était l’UE des peuples qui, en cinquante ans, avaient subi successivement le nazisme et le communisme ? Les faires entrer dans l’Union était pour les Européens un devoir moral que nul ne pouvait contester.  C’est même pour éviter que qui que ce soit le conteste que la parole ne fut pas donnée aux citoyens.

Enfin, ce furent les promesses de lendemains enchantés. Ces peuples qui nous rejoignaient par millions  étaient autant de consommateurs potentiels pour nos produits manufacturés et allaient ainsi contribuer à faire baisser notre chômage et à relancer notre croissance. Las… ces pays, devenus l’hinterland de l’Allemagne, accueillirent les bras ouverts nos entreprises soucieuses de produire là où le coût du travail est plus bas que chez nous et exportèrent en échange des travailleurs à bas prix qui vinrent concurrencer nos salariés et celles de nos entreprises qui ne pouvaient se délocaliser.

Démesurément gonflée, l’Union Européenne est devenue une sorte de monstre que plus personne ne semble diriger. Dotée d’une monnaie unique qui n’est en réalité qu’un clone du Deutsch-Mark bâti pour ancrer l’Allemagne à l’Union (encore la crainte de la réédition du passé), mais totalement inadaptée pour les pays d’un moindre niveau de développement, elle ne parait avoir -  outre le calibrage des œufs ou le taux de matière grasse dans le chocolat – que des préoccupations financières et la bonne santé des banques. Aucun grand projet impliquant des pays européens n’émane d’elle. Que ce soit Ariane, le tunnel sous la Manche, ou AIRBUS, tous ces projets, qui personnifient aujourd’hui l’Europe ont été initiés et conduits en dehors de l’Union par quelques-uns de ses membres. Il y a même fort à parier qu’au nom du dogme de la libre concurrence, la Commission s’opposerait aujourd’hui à la création d’AIRBUS.

L’Europe est même incapable pour sa défense et sa sécurité de trouver des réponses communes aux défis qui lui sont lancés. C’est la France qui doit seule, avec pour tout soutien de belles paroles ou, de loin en loin, un avion de transport ici, un ou deux chasseurs là, porter le fer contre le terrorisme là où il prolifère et prépare ses attaques contre notre continent.

Rêve et réveil

 Faisons un rêve… Les successeurs du Général de Gaulle et de Konrad Adenauer n’ont cédé ni à la finance internationale ni aux pressions des Etats-Unis. Le Marché Commun, devenu si l’on veut l’Union  Européenne, est resté constitué de ses six membres fondateurs.

Après cinquante-huit ans de vie commune, dirigée par le collège de ses chefs d’Etat et de gouvernement, protégée par des frontières communes facilement identifiables, dotée de législations unifiées, ayant consacré à son développement les dizaines voire les centaines de milliards (qui le sait exactement ? ) qui ont été déversés sur les pays du sud et de l’est pour les hisser, sans véritable succès, à son niveau, l’Union serait à la veille de devenir une nation, et sans conteste la première puissance économique du monde, imposant sa volonté à la Chine, traitant d’égal à égal avec les Etats-Unis.

Réveillons-vous ! L’Union européennes est un conglomérat d’états d’importance, de force et de richesse inégales, la zone du monde développé qui connaît la croissance la plus faible et le chômage le plus élevé, un nain diplomatique et militaire dont plus personne ne se préoccupe de l’avis. Son incapacité génétique à exister autrement qu’en pondant à longueur d’année de la réglementation fait ressurgir les nationalismes qu’elle prétendait combattre, comme l’ont montré les deux dernières crises, celle de la dette grecque et celle des réfugiés, au cours desquelles chacun n’a pensé qu’à ses intérêts nationaux, pour ne pas dire à ses arrangements de politique intérieure.

 Pour sortir d’une voie sans issue, il faut rebrousser chemin

L’Europe telle qu’elle existe aujourd’hui n’est même pas une voie de garage, elle est une voie sans issue.

Ouverte à tous les vents, elle n’est plus, comme s’en glorifient ses défenseurs, que le premier marché du monde, c’est-à-dire la plus grosse concentration de consommateurs de la planète pour tous ceux qui ont quelque chose à vendre ou à gagner. Les produits du monde entier entrent librement chez nous alors que les pays qui nous les vendent, telle la Chine, se protègent derrière des droits de douane qui varient en fonction des intérêts politiques du gouvernement de Pékin ou, tel les Etats-Unis, qui y ajoutent leur législations qu’ils considèrent comme s’appliquant dans le monde entier ainsi que BNP PARIBAS l’a appris à ses dépens. Les mêmes Etats-Unis qui sont à la veille de nous imposer un traité transatlantique nous mettant économiquement à leur merci.

Et même cela risque de ne pas durer vu  la vitesse avec laquelle les Européens s’appauvrissent, leurs usines ferment et leur chômage se développe.

 Une nouvelle génération pour redresser les erreurs du passé

Persister dans cette erreur, par dogmatisme, par fatalisme, par habitude, ou simplement pour ne pas reconnaître qu’on s’est trompé serait une faute impardonnable vis-à-vis des générations qui vont nous remplacer.

Il n’est jamais trop tard pour faire machine arrière et repartir dans la bonne direction.

Bien sûr ce sera difficile. Bien sûr les tensions seront vives. Bien sûr de bonnes âmes, qui n’ont aucun intérêt à ce que l’Europe devienne une puissance, verseront des larmes de crocodile sur ce qu’ils dénonceront hautement comme de l’égoïsme. Bien sûr, la haute finance internationale se sentira un peu moins chez elle chez nous. Probablement y aura- t-il  un peu moins de nouveaux milliardaires en Europe chaque année. Mais il faut trancher dans le vif. C’est pour tous les pays d’Europe, même ceux qui n’ont rien à faire dans l’Union et qu’il n’est bien sûr pas question d’abandonner à leur sort, une question de vie ou de mort.

Pour que l’Europe réussisse il faut que tous ses membres soient à peu près au même niveau économique, partagent le même héritage historique et culturel, aient de l’avenir de notre continent la même vision. Mais si nous laissons faire, la situation actuelle ne peut que s’aggraver.

Partout en Europe occidentale, une nouvelle génération prend ou va prendre le pouvoir : Cameron en Grande Bretagne, Valls et Le Maire en France, Renzi en Italie …. Ceux-là n’ont ni connu la guerre qui fût l’un des moteurs européiste d’un François Mitterrand ou d’un Jacques Delors, ni même travaillé avec ces dirigeants européens animés par le « plus jamais ça, quel qu’en soit le prix ».

 Il ne leur faut que de la volonté politique et du courage pour accepter de reconnaître les erreurs de leurs prédécesseurs et les corriger. Faute de quoi les Européens, définitivement marginalisés, effacés de l’histoire, deviendront les gardiens d’un gigantesque et magnifique musée et vivront des pourboires de ses visiteurs.

 Athènes, Rome, Persépolis, Babylone, l’empire Incas, sont là, comme le disait Paul Valéry, pour nous rappeler que toutes les civilisations sont mortelles. N’ayons pas l’inconscience ou l’arrogance de penser que cela ne peut pas nous arriver.

 

                                                                                                    Nicolas PILLIET

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